Inégalités sociales et « faux vieux »
Par Nicolas POMIES - Journal RESO n° 258 - Mai 2026
Mis en ligne le 25 mai 2026

J’ai lu récemment de la part d’un idéologue néolibéral qu’il fallait arrêter de payer les retraites des "faux vieux" (entendre les pensions des travailleurs de 62 à 67 ans).

Les propositions des libéraux consistent en effet toujours d’une manière ou d’une autre à baisser les salaires, c’est la part de la valeur ajoutée dans le PIB consacrée au travail.

Il s’agit d’un mépris de classe qui n’est pas nouveau.

Mais les réalités chiffrées prouvent que l’abjecte notion de « faux vieux » est irréaliste.

Premièrement les tables actuarielles européennes font gonfler les provisions des assureurs prévoyance en accompagnement du report de départ de l’âge en retraite. Plus on vieillit au travail, plus on risque un sinistre assuré par la prévoyance. Ce que les études de l’INSEE démontrent :

L’espérance de vie en France varie fortement selon la classe sociale et le niveau de vie. Voici les principaux enseignements tirés des études récentes de l’Insee et d’autres sources fiables :

Par niveau de vie (revenu)

Chez les hommes, l’écart d’espérance de vie à la naissance entre les 5 % les plus aisés et les 5 % les plus modestes atteint 13 ans : (84,4 ans contre 71,7 ans). Chez les femmes, cet écart est de 8 ans (89,3 ans contre 81,3 ans). Plus le niveau de vie est élevé, plus l’espérance de vie est longue, et cet écart s’est même accru entre 2012-2016 et 2020-2024.

Par catégorie socioprofessionnelle

À 35 ans, un homme cadre peut espérer vivre encore 48,9 ans (soit jusqu’à 83,9 ans), contre 43,6 ans pour un ouvrier (soit jusqu’à 78,6 ans), ce qui représente un écart de 5,3 ans. Chez les femmes, l’écart est de 3 ans entre cadres et ouvrières. Les cadres ont également une espérance de vie sans incapacité plus longue que les ouvriers.

Par niveau de diplôme

À 35 ans, un homme diplômé du supérieur peut espérer vivre 8 ans de plus qu’un homme sans diplôme. Chez les femmes, l’écart est moins marqué, mais reste significatif.

Évolution récente

L’écart d’espérance de vie entre cadres et ouvriers s’est légèrement réduit chez les hommes (passant de 7 ans dans les années 1990 à 5,3 ans en 2020-2022), mais il reste important et tend à augmenter chez les femmes. Ces inégalités s’expliquent par des facteurs multiples : exposition aux risques professionnels, accès aux soins, modes de vie, environnement social, etc.