Aller au travail est dangereux : jusqu’à 3 morts par jour !
Journal RESO n° 256 - Mars 2026
Mis en ligne le 20 mars 2026

Aller au travail est dangereux. Selon les chiffres de divers instituts, c’est, en la seule année de 2023, au total, 1287 salariés qui ont perdu la vie dans un décès lié au travail démultipliant la pression psychologique : 759 accidents mortels du travail, soit près de 3 morts par jour, 332 par un accident de trajet et 196 par une maladie professionnelle. Cela représente le chiffre faramineux de 76,6 millions de journées d’incapacité temporaire

Malgré les alertes lancées tant par les organisations syndicales que par les spécialistes, la situation se détériore d’année en année.

Et selon une enquête européenne, la France se situe parmi les pays les plus dégradés du continent à l’avant-dernier rang parmi 36 pays à égalité avec… l’Albanie.

Comme le dit fort justement Jean-Claude Delgènes, spécialiste des conditions de travail : « Des milliers de travailleurs ne tombent pas d’un échafaudage, mais s’effondrent après un épuisement physiologique ».

Il y a des causes à cela. Les risques professionnels augmentent ; et près de 40 % des actifs occupent un emploi dit « tendu », où les exigences excèdent les ressources disponibles. Et puis, il y a les suicides (on se souvient de « l’épidémie » qui avait frappé France-Télécom ») ; ils sont au nombre de 9000 annuels en France, pas tous dus au stress au travail mais dont une partie doit bien y être imputée.

Bien que les sonnettes d’alarme soient tirées de tous les côtés, gouvernement et Medef restent indifférents au fait que le travail est désormais générateur de stress chronique prolongé (qui entraine une progression des crises cardiovasculaires lesquelles provoquent entre 3500 et 4000 décès par an), et qu’il perd de son sens d’intégrateur social pour les salariés quel que soit leur niveau dans l’entreprise. La généralisation du téléphone portable a entrainé une « obligation » pour les salariés d’être à disposition en dehors des heures de travail, démultipliant la pression psychologique qu’ils subissent. Craignons que l’apparition de l’IA -intelligence « artificielle » ne donne de l’ampleur à la crainte de ne pas être à la hauteur et génère de nouvelles raisons de stress.

Il est temps de prendre en compte que ce mode d’organisation du travail fragilise le monde du travail et en premier lieu les salariés. L’absentéisme augmente, les employeurs déclarent rencontrer des difficultés de recrutement, c’est révélateur de bien plus que d’un marché du travail déficient ! Il n’y a d’autre solution que d’écouter les travailleurs… et leurs représentants.