Le retour du CPE
Par Emilie RENOIR - Journal RESO n° 255 - Février 2026
Mis en ligne le 21 février 2026

Il y a quelques jours le MEDEF a lancé une nouvelle idée : un contrat jeune à durée déterminée payé en dessous du SMIC et susceptible d’être interrompu à tout moment. Autrement dit le MEDEF propose à des jeunes d’être sous payés et licenciables à tout moment sans aucun motif. Raison avancée pour cette proposition : former un jeune coûterait cher aux entreprises et la formation dispensée par l’école ne correspondrait pas aux besoins du patronat. Malgré le battage fait autour de cette proposition ce n’est évidemment pas une idée nouvelle. On se souvient du contrat de première embauche (CPE) que voulait mettre en place Sarkozy et que la mobilisation des jeunes et des salariés a permis de remiser au placard.

La France est l’un des pays européens où le nombre de jeunes à la recherche d’un emploi est parmi les plus élevés. Non pas comme le prétend le patronat parce que la formation dispensée par l’école serait insuffisante mais parce que le patronat préfère rémunérer grassement les actionnaires plutôt que d’investir notamment dans la formation.

Et ce alors que l’Etat aide les patrons à former des apprentis même si le gouvernement veut diminuer les sommes qu’il y consacre. La formation en alternance a connu un bond important ces dernières années, preuve que les jeunes sont prêts à s’investir dès lors qu’on les respecte et qu’on leur offre de vrais débouchés. Certes beaucoup trop de jeunes sortent du cursus scolaire sans diplôme mais il n’y a pas de fatalité. L’enseignement technique est encore trop dévalorisé en France par rapport à ce qui se passe chez nos voisins, l’Allemagne en particulier.

Mais contrairement à ce que souhaiterait depuis longtemps le patronat, l’école n’a pas seulement pour mission de former des hommes et des femmes prêts à l’emploi, elle a aussi pour devoir de former des citoyens capables de comprendre le monde qui les entoure. Ce n’est pas en proposant à des jeunes de devenir des serfs corvéables et jetables à merci qu’on préparera l’avenir. Ceux qui se sont battus contre le CPE l’ont bien compris. Nul doute que si le gouvernement aujourd’hui ou demain tentait de mettre en place cette proposition patronale, il devrait faire face à une mobilisation d’ampleur.