Actualités internationales - Asie
Journal RESO n° 254 - Janvier 2026
Mis en ligne le 30 janvier 2026

Une analyse de Jean-Paul LEGRAND sur la Chine

En publiant le texte ci-dessous, RESO n’a pas pour but de faire du régime chinois un modèle. Simplement de démontrer qu’un gouvernement qui a une volonté politique peut mettre son pays sur la voie de la croissance intérieure.

En annonçant des prévisions de croissance économique plus optimistes pour la Chine, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a souligné que « deuxième économie mondiale, la Chine est tout simplement trop importante pour que sa croissance repose essentiellement sur les exportations, et le maintien d’une croissance tirée par les exportations risque d’exacerber les tensions commerciales internationales ».

Si Mme Georgieva a également évoqué positivement de nombreux aspects de l’économie chinoise, sa remarque sur la croissance tirée par les exportations a suscité de vives réactions de la part de certains médias occidentaux, qui véhiculent depuis longtemps un discours négatif à l’égard des exportations chinoises. Récemment, dans un contexte de profondes turbulences du commerce mondial, certains médias occidentaux ont relayé avec véhémence l’idée que « la Chine exporte trop et importe trop peu ». Inutile de préciser que ces affirmations sont infondées. De plus, elles ignorent la transformation économique en cours en Chine, qui passe d’une croissance tirée par les exportations à un développement axé sur la consommation.

L’abondance de la main-d’œuvre et un système industriel complet ont autrefois permis à la Chine de s’intégrer activement à la chaîne industrielle mondiale, et les exportations ont largement contribué à sa croissance économique. Cependant, face à l’expansion de son économie et aux mutations des marchés internationaux, la Chine a constamment mis l’accent sur le développement de la demande intérieure. Le 14e plan quinquennal (2021-2025) a précisé l’objectif de « forger un marché intérieur solide et de promouvoir un nouveau modèle de développement », tandis que les recommandations pour l’élaboration du 15e plan quinquennal (2026-2030) préconisent de « stimuler vigoureusement la consommation ». Ce cadre politique cohérent vise à faire passer la consommation intérieure du principal moteur de la croissance, au détriment des investissements et des exportations.

Cette transformation est largement confirmée par les données. La part des exportations dans le PIB chinois a diminué de façon constante, passant de 30,61 % en 2004 à 23,07 % en 2014, puis à 20,02 % en 2014, selon la plateforme de données financières YCharts, qui cite des chiffres de la Banque mondiale. La baisse continue et régulière observée depuis deux décennies indique clairement que l’économie chinoise réduit progressivement sa dépendance aux exportations, tandis que la demande intérieure, et notamment la consommation, joue un rôle de plus en plus prépondérant. La consommation s’est fermement imposée comme le pilier central de la croissance économique chinoise. Au cours des quatre dernières années, les ventes au détail ont progressé à un taux annuel moyen de 5,5 % et devraient dépasser 50 000 milliards de yuans (7 080 milliards de dollars) en 2025. Outre son volume, la structure de la consommation chinoise évolue aussi constamment. La consommation de services est entrée dans une phase de croissance rapide, les dépenses des ménages dans ce secteur ayant augmenté à un taux annuel moyen de 9,6 % entre 2020 et 2024.

Parallèlement, des politiques telles que le programme d’échange de biens de consommation, ont efficacement dynamisé le marché, générant 2 900 milliards de yuans de ventes à la fin du premier semestre 2025. Ces évolutions témoignent clairement de la mise en œuvre systématique du vaste potentiel du marché intérieur chinois, répondant non seulement aux aspirations de la population à une vie meilleure, mais insufflant également une dynamique endogène robuste et stable à l’économie.

C’est cette transformation en cours qui a constitué un argument de poids pour des institutions internationales telles que le FMI et la Banque mondiale, qui ont récemment revu à la hausse leurs prévisions de croissance pour la Chine.

À titre d’exemple, Georgieva a spécifiquement souligné que la Chine avait fait de la croissance de la consommation une priorité dans le cadre du 15e plan quinquennal (2026-2030) et reconnu l’importance de réorienter l’économie des biens vers les services. Cela témoigne de la reconnaissance de la résilience de l’économie chinoise et des progrès de sa transformation structurelle. Alors que certains médias occidentaux restent prisonniers du discours obsolète de la « dépendance aux exportations », l’économie chinoise s’est déjà engagée sur la voie d’un développement durable, s’appuyant sur son propre potentiel de marché tout en participant à la division internationale du travail.

Surtout, la croissance rapide du marché de consommation chinois offre d’immenses opportunités aux biens et services du monde entier, et la Chine, grâce à ses efforts constants d’ouverture, accroît activement ses importations de produits de haute qualité. En appréhendant cette transformation structurelle avec objectivité, la communauté internationale sera mieux à même de comprendre et de saisir les opportunités offertes par le développement de la Chine.


Rojava

Le nouveau pouvoir syrien a récemment lancé une offensive pour étendre son autorité sur les territoires administrés par les forces kurdes à Alep, puis dans le Nord-Est. Les Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes, ont appelé à la mobilisation générale pour défendre la ville de Kobané.

Dans la Syrie d’après Assad, l’espoir d’un modèle fédéral démocratique et pluraliste, porté notamment par les Kurdes, est en train d’être méthodiquement écrasé. Sous l’impulsion d’Erdogan, avec la complicité active ou silencieuse de Trump, de Netanyahou et des puissances occidentales dont la France de Macron, une offensive politique et militaire vise à liquider le Rojava et ses forces d’autodéfense. Une page sombre s’écrit une fois de plus dans l’histoire d’un peuple sacrifié."

En abandonnant les Kurdes de Syrie, l’Europe oublie ceux qui ont brisé l’État islamique. Ce n’est pas seulement une injustice : c’est un risque direct pour notre propre sécurité.

Au nord-est syrien, les Kurdes encaissent une offensive qui vise moins à reprendre un territoire qu’à faire disparaître un acteur politique. Les forces djihadistes intégrées au pouvoir de transition dirigé par Ahmed al-Sharaa attaquent, Ankara appuie, et l’Europe regarde ailleurs. Tout cela sans un mot ou presque, alors que ces mêmes Kurdes constituaient hier le cœur de la lutte contre l’État islamique.

La prise de la prison d’Al-Shadadi par les islamistes a pourtant libéré des milliers de combattants de Daesh, dont des francophones. C’est le signe le plus clair du contresens stratégique en cours : laisser tomber ceux qui ont vaincu le califat, tout en laissant s’échapper ceux qui en rêvent encore.

L’abandon n’est pas seulement moral, il est opérationnel.

Kobané, symbole mondial de la défaite de Daesh, est de nouveau ciblée. Ce que ces Kurdes ont défendu avec opiniâtreté – une zone pluraliste, laïque, où les femmes gouvernent et combattent – risque d’être effacé. Dans un Moyen-Orient miné par l’autoritarisme, c’était un contre-modèle rare.

En France, le silence politique tient lieu de ligne diplomatique. C’est pourtant une faute : laisser prospérer l’État islamique deuxième époque, c’est préparer nos propres déconvenues. Soutenir le Rojava n’est pas un geste humanitaire, c’est de la sécurité nationale.

Nous vous invitons à lire les posts Facebook de Kamel Bencheik et Michel Strulovici