NAAREA : le symptôme d’une politique énergétique erratique
Post Facebook de Natacha POLONY publié dans le journal RESO n° 254 - Janvier 2026
Mis en ligne le 30 janvier 2026

Le dépôt de bilan du repreneur polono-luxembourgeois de NAAREA, startup nucléaire française développant un réacteur de IVe génération, a condamné cette semaine plus de 100 salariés au chômage. La fin d’une « pépite » de France 2030, financée par plus de 10 millions d’euros d’argent public. Cet échec n’est pas anecdotique. Il révèle l’inadéquation profonde entre la logique de la start-up nation et les réalités industrielles, technologiques et temporelles du nucléaire. On ne pilote pas une filière stratégique, engageant la sûreté, la souveraineté et l’indépendance énergétique du pays, avec la même vision que celle des applications mobiles.

Le nucléaire exige une vision de long terme, une continuité politique et un pilotage étatique assumé. Or, depuis trop longtemps, la France oscille entre désengagement stratégique, saupoudrage de subventions et abandon progressif de ses savoir-faire, au gré des effets d’annonce.

Face aux défis climatiques, industriels et géopolitiques qui s’annoncent, un État-stratège n’est pas une option idéologique : c’est une condition de survie. Les outils existent. Le CEA pour la recherche, EDF pour la production, Orano pour le combustible. Ce qui manque, ce n’est pas la compétence, c’est le cap.

Ce cap doit être clair : faire de l’électricité décarbonée, pilotable et souveraine le socle de la reconstruction industrielle et de l’autonomie énergétique de la France. Le nucléaire n’a pas besoin de storytelling. Il a besoin d’une volonté politique.