Qu’on l’appelle « Bayrou » ou autrement, le plan d’austérité pour la santé est une honteuse catastrophe
Par Marinette BACHE - Journal RESO n° 250 - Septembre 2025
Mis en ligne le 19 septembre 2025

Le plan qui nous a été concocté par la majorité macroniste soutenue par la droite classique et la droite extrême, mériterait à lui seul une mobilisation sociale d’ampleur pour le rejeter. Qu’est devenu notre système de santé, qui, il y a 25 ans -et pourtant il avait été déjà pas mal attaqué- était classé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme « le plus performant du monde en termes d’accessibilité et d’efficacité » ?

Héritier des réformes mises en place à la Libération, du programme du CNR à la création de la Sécurité Sociale, le système français , avec son incomparable réseau d’hôpitaux et de maternités de proximité, le maillage territorial de ses hôpitaux régionaux performants et équipés, la qualité de ses hôpitaux universitaires et la prise en charge de chacun par l’assurance maladie, permettait à tous les Français et à tous les travailleurs étrangers cotisants à la Sécu, d’être soignés dans des conditions optimum que le monde entier nous enviait autant que notre système scolaire.

C’était le temps où les Français étaient fiers de leur pays reconstruit, efficient et solidaire.

Au-delà de l’équipement hospitalier, les Français ont, pendant des dizaines d’années, pu avoir accès à un médecin traitant, dit « médecin de famille », le plus souvent en secteur 1, c’est-à-dire avec des consultations totalement remboursées par la Sécu et les mutuelles.

Aujourd’hui, c’est dans les villes, et en 1er lieu à Paris, malgré l’effort de la Mairie pour mettre en place des « maisons médicales », c’est le règne du secteur « libre » inaccessible pour de nombreux patients au point où, selon l’IFOP, 1 Français sur 4 a déjà renoncé à des soins ou équipements médicaux pour des raisons financières, 37% ont déjà renoncé à des soins ou équipements dentaires ou optiques (dont 17% à plusieurs reprises). Cette situation entraine également une saturation des services d’urgences hospitaliers, dernier recours pour les plus défavorisés pour avoir accès aux soins… quand des antennes de « Médecins du Monde » ne s’installent pas carrément dans un hôpital (ce fut un temps le cas à l’Hôtel-Dieu de Paris). Dans les zones rurales, ce sont les déserts médicaux auxquels sont confrontés les habitants : pas assez de médecins généralistes et souvent proches de la retraite malgré les efforts notables des municipalités pour offrir aux jeunes médecins de bonnes conditions d’installation. Quant aux médecins spécialistes, ils sont devenus denrées rares ou totalement inexistantes. On se considère heureux d’en trouver encore dans les hôpitaux de proximité, mais les délais d’attente sont de plusieurs mois : plus d’1 an pour une mammographie par exemple, alors qu’on a chaque année droit à la campagne « octobre rose » sur la prévention du cancer du sein ; bref, la sécurité sociale vous rembourse l’examen… si vous réussissez à le faire ! Il faut dire qu’il y eu une alliance objective et durable entre le Conseil de l’ordre et les visions comptables pour ne pas former suffisamment d’étudiants en médecine (Cf un précédent numéro de RESO).

C’est dans ce cadre que Bayrou, ex-premier ministre, a programmé un budget d’une austérité encore jamais atteinte pour la santé. Dont on peut largement craindre la volonté de son successeur de le mettre en place ! Et pourtant le secteur hospitalier est déjà bien atteint par les mesures antérieures et le dogme de la diminution du nombre de lits, de services médicaux de base (médecine, chirurgie, urgences) et… d’hôpitaux. S’il y a un secteur où la vision comptable de la gestion des services publics éclate aux yeux de tous, c’est bien celui-ci ! Fermetures de lits, de services, d’hôpitaux mais également manque flagrant de personnels de toutes sortes, médicaux (spécialistes !), infirmiers, para-médicaux, aides-soignants et employés de maintenance, c’est le quotidien de nos hôpitaux.

Malgré toutes les promesses d’après-covid, aucune réflexion sur une réforme du financement hospitalier remettant en cause la fameuse T2A (tarification à l’activité) n’a été entreprise. Le rattrapage de la rémunération des soignants n’a pas été à la hauteur ; avant le covid, tout en étant parmi les mieux formés au niveau infirmier -dans de nombreux pays on appelle « infirmiers » des aides-soignants- leurs salaires se situaient en queue des pays européens. Quant aux suppressions de lits, elles se poursuivent tranquillement alors que la pandémie a amplement démontré la fragilité du secteur engendrée par la politique comptable à l’œuvre depuis une quarantaine d’années.

Les 5 dernières mandatures présidentielles ont constamment aggravé la situation par une série de réformes austéritaires de l’assurance maladie. Le « meilleur système de santé du monde » a ainsi vu ses indicateurs de santé publique devenir de plus en plus mauvais au point de se classer 23ème sur 27 pays européens en matière de mortalité infantile ; mais on continue à fermer les maternités de proximité. (cf l’un des anciens articles de RESO sur le doublement du risque pour une femme enceinte qui doit effectuer un trajet de plus de 3/4d’h pour rejoindre une maternité ; combien de bébés nés dans l’ambulance des pompiers !?).

C’est dans ce cadre que le projet dit « Bayrou » prévoit pour le budget 2026 un vaste plan d’économies de 5,5 milliards d’euros de limitations de dépenses de santé.

On le sait : si l’on veut diminuer les dépenses de santé, il faut tout simplement que les gens soient moins malades ou que leur prise en charge soit précoce. Dit autrement il faut augmenter la PREVENTION : renforcement des actes de prévention, meilleure alimentation, lutte contre l’obésité, contre les addictions, accompagnement des patients, bilans de santé gratuits -et généralisés- de l’Assurance maladie, suivi efficace par la médecine du travail, PMI…

Le projet de budget gouvernement a orientation totalement contraire : ses pistes d’économies restent -hélas, qui en aurait douté ?- uniquement comptables :

- doublement du plafond des franchises médicales à 100 euros par an,
- durcissement des conditions de prise en charge intégrale des ALD (Affections de Longue Durée),
- extension du délai de carence à 7 jours en cas d’arrêt de travail,
- plus de consultation du médecin du travail après un arrêt de travail de longue durée, et baisse du nombre de médecins
- déremboursement de médicaments.

Et tout cela est accompagné d’un discours moralisant et culpabilisateur vis-à-vis des patients ou potentiels patients. Et tout ça alors qu’on sait très bien que ce ne sont que des mesures de court-terme et qu’un patient qui renonce à des soins précoces reviendra plus tard et que sa pathologie coutera plus cher. Et tout cela alors que la mortalité au travail est particulièrement élevée en France (4,38 morts pour 100000 salariés contre 2,8 en Espagne, 2,5 en Italie et à 0,95 en Allemagne).

Ces mesures dans la continuité de celles qui ont détruit notre système, imaginé pour être à la fois solidaire et efficace, ne feront qu’accentuer la situation sanitaire devenue alarmante de notre pays. Le budget Bayrou 2026 pour la santé est annonciateur d’un désastre sanitaire qui touchera, bien sûr, en 1er lieu les plus défavorisés qui sont de plus en plus nombreux dans notre pays.

A ce scandale s’ajoute un indécent déni de démocratie : Alors que Bayrou 1er ministre se savait condamné par le vote sur la confiance et que son gouvernement tomberait, il fait passer en douce un certain nombre de décrets sans consulter les députés et sénateurs.

Cela a été le cas, en ce qui concerne la santé pour :

- l’augmentation du reste à charge pour les consultations et actes médicaux de biologie et de radiologie
- ⁠le doublement des franchises médicales, des actes paramédicaux et des transports sanitaires
- ⁠le doublement des participations forfaitaires.