Grève aux urgences
Article de Marie BERTHOMMIER publié dans le n° 184 du journal RESO (septembre 2019)
Mis en ligne le 1er octobre 2019

Avant les congés d’été, de nombreux services d’urgence se sont mis en grève. Les vacances n’ont pas brisé ce mouvement : durant la période estivale, la grève a gagné plus de 200 services soit plus de la moitié des urgences sur le territoire métropolitain. Une ampleur jamais égalée ; pas un jour sans qu’un nouveau service débraye ou sans que les grévistes reçoivent un nouveau soutien.

Cette situation n’est pas le fait du hasard. Elle est la conséquence des insuffisances budgétaires qui se sont amplifiées d’années en années pour atteindre l’insupportable. Les médecins urgentistes, à travers leur association et l’intersyndicale des praticiens hospitaliers, ont rejoint le mouvement des soignants. Leur message est simple : « On veut la réouverture des lits, la réembauche de tout le personnel qui a été supprimé au fil du temps et une revalorisation correspondant au rattrapage de 10 ans de blocage des salaires ». Quant à la CME (Commission médicale d’établissement) de l’AP-HP qui n’est pas un repaire de gauchistes, elle déclare que « toutes les structures hospitalières sont concernées par une sous-dotation financière qui s’aggrave chaque année. » et exige « un financement revu pour assurer convenablement le service public hospitalier (le SPH). »

Partout le ressenti est le même, des aides-soignants aux médecins, en passant par les pompiers, acteurs également des prises en charge d’urgence. D’abord ils se sentent « méprisés, exploités, rabaissés, cassés ». « Y en a marre » crient-ils. Il faut dire qu’en matière de mépris, Macron et ses sbires sont des maitres. Cette attitude récurrente vis-à-vis des Français, n’épargne bien entendu pas le service public qu’ils se sont fixé pour but de faire disparaitre. Et le service public hospitalier est, depuis le début du mandat, dans la ligne de mire.

De plans dit d’économie en plans d’austérité, la part des dépenses consacrée à l’hôpital public est devenue, en France, la plus faible des pays développés : 3,6%. Quelle performance pour un pays qui, au sortir de la guerre et sur un territoire dévasté, avait trouvé les ressources pour créer la Sécurité sociale et construire un réseau dense d’hospitalisation publique, de l’hôpital rural de proximité au plus grand CHU du monde : l’AP-HP !

Et puis Buzin a annoncé son « plan » : pas d’embauches, pas d’ouvertures de lits, pas de coup de pouce budgétaire. Aurait-elle voulu donner un élan à la mobilisation qu’elle n’aurait pas mieux fait. Les grèves s’amplifient ; la résolution se raffermit. Unanimement les personnels des urgences ont compris : les 750 millions sont trouvés selon le principe habituel, déshabiller Pierre pour habiller Paul. Même la CME de l’AP-HP relève que « ces mesures sont intégralement financées par imputation au budget actuel des hôpitaux ».

Pas de coup de pouce aux salaires non plus. Seulement une prime « de coopération » de 80€ pour les personnels infirmiers qui réaliseront des tâches par délégation des médecins. Les infirmiers ne veulent pas faire le travail des médecins mais simplement avoir les moyens de faire le leur correctement.

Cet été des SMUR, des services d’urgence ont dû fermer faute de moyens. Comme le dit si bien le slogan : «  Ce n’est pas parce que nous sommes en grève que vous attendez. C’est parce que vous attendez que nous sommes en grève.  »

La mobilisation continue.